Autour de St-Laurent

Aujourd’hui, nous sommes allés au théâtre. Nous retrouvions pour l’occasion des amis qui nous avaient manqués et qui s’étaient abonnés quelques jours après nous. Sur ma recommandation, Caroline et Emmanuel avaient demandé les mêmes dates, cases horaires et critères de siège que nous. Avec quel plaisir nous nous sommes retrouvés assis côte à côte! Il n’y a pas à dire, certains guichetiers ont du flair. Lire la suite

Dans l’Île-de-la-Visitation

Tous les jours de la semaine, au parc de l’Île-de-la-Visitation,

des chiens promènent leur maître,

des renards embusquent des chats,

des dames en bleu déambulent

dans les sentiers flanqués d’herbe à puce,

pendant que leurs semelles cramponnées

font cric, crac sur le dos des escargots.

Lire la suite

Cousu de fil blanc

Ma vie tenait entre ces quatre murs. En trente ans, j’en ai pourtant vu de toutes les couleurs. Je me souviens de mon arrivée ici avec Céleste. Nous étions beaux et audacieux, et personne n’aurait songé à nous associer à un quelconque conformisme pas plus qu’à un courant du moment. Ce qu’on en a fait des réceptions dans cet appartement! Des foires aussi, parfois. J’ai en mémoire un trente-et-un octobre où l’alcool et beaucoup d’autres choses ont coulé à flots… Encore aujourd’hui, leur souvenir est incrusté dans toutes les fibres de mon corps. Lire la suite

Écrire ou pas

Aujourd’hui, je constate qu’écrire est un muscle qui s’atrophie faute d’être exercé. Voilà trois mois que mon manuscrit, à peine visible sous une pile de dossiers, attend. Le sentiment que j’associe le plus souvent à l’écriture, depuis que je tiens un blogue, est celui de la culpabilité. Il s’invite à ma table dès le septième jour suivant la mise en ligne du dernier billet. Il n’en décolle pas avant que j’aie pondu quelque chose. C’est presque un protocole : écriture, mise en ligne, satisfaction personnelle, retour à l’ordinaire, culpabilité, culpabilité, culpabilité, écriture. Lire la suite

L’entretien

img_2836

Anis dépose son verre vide sur le long comptoir. L’eau tiède laisse dans sa gorge un goût métallique qui n’améliore pas son humeur. Son interlocuteur l’a interrompu une fois de plus pour répondre au téléphone. C’est l’heure où les gens font les réservations du lendemain et du surlendemain. Sur la page du cahier posé devant lui, le sans-fil vissé à l’oreille, Laurent, propriétaire du Rendez-vous, noircit peu à peu les cases horaires. Malgré la proximité, Anis s’efforce de ne pas regarder et inventorie plutôt les bouteilles alignées devant le grand miroir. Entre un Bombay Saphir et un Glenfiddich douze ans, son reflet avachi le fixe d’un œil de tueur. D’une poussée du pied sur le barreau du tabouret, il se redresse une fois de plus. Lire la suite

Une sainte peur

87499361_4a168c1a7a_z

Jean-Denis Latendresse, relieur de profession, est sans travail depuis que l’imprimerie M.J.P. a fermé ses portes. M.J.P., c’était pour Martial Jodoin Printing. Quand la CSST l’a pris en charge, en quatre-vingt-dix, Jean-Denis était loin de se douter que son congé durerait aussi longtemps. C’est sûr qu’une hernie discale, c’est long à guérir. Sauf qu’entretemps, Martial, à la demande d’un client potentiel, a acheté de nouvelles presses plus performantes. Les presses lui ont coûté un bras, et le client a obtenu un meilleur prix chez un compétiteur. Ça fait que Martial a dû vendre sa maison pour payer sa marge de crédit, et qu’il a fini par céder l’imprimerie à Quebecor. Malheureusement, Quebecor n’a pas besoin de relieur. Ils ont de belles machines qui font ça. Plus personne n’a besoin de relieur. Alors Jean-Denis Latendresse ne relie plus rien.

Lire la suite

Sans prévenir

 

7698335540_27aca23ee1_z

C’était une belle journée pour mourir.

La veille, après une semaine de grandes chaleurs dont juin a le secret, le ciel a éclaté et déversé de quoi faire oublier les cinq jours d’accablement qui ont suivi l’éphémère bonheur d’avoir enfin chaud. Debout devant la porte-fenêtre de son balcon exigu, Marthe a calculé que les trombes d’eau gorgeraient les fruits juste ce qu’il faut pour qu’ils soient prêts à cueillir. Appuyée comme une crucifiée contre le chambranle, sa robe de coton froissé oscillant sous le vent mouillé, elle est restée plantée dans le courant d’air en respirant à pleins poumons.

Lire la suite