Basta!

Aujourd’hui, au restaurant, je n’ai pas reconnu une ex-amie avant de la voir s’éloigner sur le trottoir. Lire la suite

Il y a longtemps que je t’aime

Mes parents célèbrent cette semaine leur 60e anniversaire de mariage. En cette époque d’obsolescence programmée, le chiffre dépasse l’entendement. Lire la suite

Mariage de raison

J’ai acheté l’an dernier un ordinateur que je conspue pour y faire rouler des logiciels que je n’aime pas. L’installation du portable a connu divers ratés qui ont contraint les techniciens de mon fournisseur à y passer plus de temps que moi. Pendant qu’ils s’activaient à distance sur la machine, je poursuivais mon travail de façon fluide et détendue sur mon Mac. Du coin de l’œil, j’ai suivi leurs manœuvres de désinstallation et de réinstallation de Windows/Office/Windows/Office…

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Une journée au centre-ville

Aujourd’hui, je me suis rendue au centre-ville pour une formation en déontologie dans les bureaux de l’ordre professionnel dont j’envisage de devenir membre. Je n’ai pas encore décidé si je paierai les sept cents dollars de cotisation annuelle exigés pour ajouter quelques lettres au bout de mon nom. J’ai fait sans pendant quinze ans; en ai-je vraiment besoin pour les quinze années de pratique qu’il me reste?* Lire la suite

Forcer à quitter

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Aujourd’hui, j’ai constaté la grande impuissance de l’ourse moyenne devant ce qui lui apparaît comme une énigme technologique. Le vingt-et-unième siècle nous aura procuré cela : une panne d’électricité, une rupture de signal Internet ou un grain virtuel dans la bonne marche du quotidien suffit pour mesurer notre redoutable dépendance aux technologies, dans le sens le plus large du terme.

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Un an

3487612625_fa9c29d9eb_zOn dit souvent que la première année du deuil est la plus difficile, car elle nous oblige à revivre, mois après mois, la vie révolue sur le mode et le temps de la personne disparue. C’est oublier que ce phénomène de retour sur soi s’applique à toute chose, de la plus gravissime à la plus dérisoire, aux tragédies comme aux grandes aventures.

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Petites et grandes natures

François Hogue, Creative Commons
François Hogue, Creative Commons

Je suis une petite nature. Le camping m’attire moins qu’un traitement de canal, les toilettes sèches m’écœurent, et chaque fois que je pose le pied dans une embarcation – même un kayak –, je pense au funeste destin du Titanic. Je n’ai fait qu’une randonnée de longue durée dans ma vie, et après trois heures de marche chargée comme une mule, je regrettais déjà mon canapé, mon frigo et mon robinet d’eau chaude. Le seul bon souvenir que j’ai gardé de cette aventure dans le parc du Fjord-du-Saguenay est l’allégresse de retrouver la voiture dans le stationnement au terme du troisième jour.

Si je ne comprends pas ce qui anime les amateurs de grandes traversées à la nage, d’escalades casse-cou sur des pics enneigés ou de randonnées de survie en solitaire, j’ai un immense respect mêlé de fascination pour les intrépides qui s’enrôlent dans des épreuves sportives au profit d’une bonne cause. J’en connais un depuis quelques mois. Assis au resto devant une table d’hôte, Yvan a l’air du gars moyen de 50 ans qui fait un travail honnête, qui a fondé et réussi une famille et qui aime passer une bonne soirée entre amis. Sauf qu’Yvan enfile les kilomètres à vélo et s’entraîne chaque année pour un ou deux défis cyclistes. Quand sa blonde Marie consent à pédaler avec lui – en fait, elle pédale derrière lui pendant qu’Yvan grimpe et dévale la côte comme un chien fou, avec l’air de dire : « C’est l’fun hein? » –, l’exercice prend une autre couleur et Marie devient la cause chérie d’Yvan.

Les 10 et 11 juillet prochains, Yvan parcourra 271 km, de Longueuil à Lévis, au profit de la Maison des greffés Lina Cyr. Ils seront 150 à pédaler en peloton, flanqués de quelques voitures de police qui leur éviteront de finir dans le décor après le passage d’un camion. Juste de penser à une telle galère, j’ai mal aux bras, aux mollets, aux fesses, partout. Juste d’y penser, j’imagine la chaîne du vélo qui débarque, le vélo d’à côté qui frôle trop souvent le mien (tasse-toi donc), le vent de face. Juste d’y penser, je suis de mauvaise humeur. Mais Yvan et ses 149 compagnes et compagnons de la fin de semaine, eux, vivront de grands moments de camaraderie, de fatigue, d’espoir et de découragement. À mi-parcours, après 129 km de route, leurs Marie et leurs Marin venus les attendre leur feront la fête, et ils se sentiront beaux et belles et fortes et bons. Le lendemain, ils remettront ça pour 142 km, jusqu’à Lévis.

J’en serais incapable.

Le don en général et le don de soi en particulier, sont de mystérieuses et belles choses. Le don qu’on reçoit parle d’abandon – de son orgueil mal placé, de ses a priori – et de gratitude; celui qu’on fait parle de générosité et d’une certaine idée que l’on se fait du monde. Il faut aussi savoir s’abandonner pour s’entraîner plusieurs semaines et relever une épreuve d’endurance.

Mon épreuve d’endurance à moi, c’est l’écriture. Comme l’écrit Steven Pressfield dans The War of Art, le plus grand défi du créateur est de vaincre la résistance, la grande ennemie, la sournoise qui donne à une brassée de blanc plus d’attrait qu’à ce clavier posé sur mes genoux. La guerre qu’évoque Pressfield est celle qu’il faut faire à la résistance pour parvenir à créer. J’ai mis presque deux ans à écrire les histoires d’Un mercredi comme les autres, dont la diffusion commence aujourd’hui par envois électroniques hebdomadaires à 229 abonnés, des Marie et des Marin qui, chaque mercredi matin, recevront une histoire. J’ai envoyé la première aujourd’hui, et je me sens comme à Lévis, au 271e kilomètre.

Je souhaite à Yvan un ciel bleu et un vent de dos. S’il est vrai que le voyage est aussi intéressant que la destination, le fil d’arrivée comporte quand même de grandes récompenses. Bonne route!

La guerre de l'art