Écrire ou pas

Aujourd’hui, je constate qu’écrire est un muscle qui s’atrophie faute d’être exercé. Voilà trois mois que mon manuscrit, à peine visible sous une pile de dossiers, attend. Le sentiment que j’associe le plus souvent à l’écriture, depuis que je tiens un blogue, est celui de la culpabilité. Il s’invite à ma table dès le septième jour suivant la mise en ligne du dernier billet. Il n’en décolle pas avant que j’aie pondu quelque chose. C’est presque un protocole : écriture, mise en ligne, satisfaction personnelle, retour à l’ordinaire, culpabilité, culpabilité, culpabilité, écriture.

licodam
Extrait de La dame à la licorne. Certains  daemons sont plus encombrants que d’autres.

Mon dæmon* tente certainement de me dire quelque chose. Depuis des mois, tous les ouvrages de fiction qui me tombent sous la main mettent en scène un écrivain. Des Histoires napolitaines à Kennedy et moi, et de 1Q84 à Avenue des mystères. Même les recueils de nouvelles que j’ai téléchargés sur ma liseuse me rappellent à la tâche que je néglige.

Mardi dernier, je comptais assister à un atelier de traduction littéraire qu’organise l’Association des traducteurs littéraires du Canada. Ces ateliers ont toujours lieu les mardis, jour de chant choral, et je me désolais de ne jamais pouvoir y participer. Mais en cette année de pause chorale, je pourrais. Or le temps, ce soir-là, ne s’y prêtait pas et je n’avais plus envie de sortir. La perspective d’une soirée auprès de mon beau me séduisait davantage que celle de marcher jusqu’au métro, de souper d’un sandwich et de faire risette à des gens que je ne connais ni des lèvres ni des dents. Je suis une travailleuse autonome de la plus pure espèce. Mon antre est mon royaume et je n’en sors pas facilement.

Il n’en a pas toujours été ainsi. On sort plus volontiers des sentiers battus lorsqu’on vit seule et sans attache. Je me prends parfois de nostalgie pour cette époque dont j’ai tant souhaité tourner la page. L’an dernier, à peu près à cette date, un empêchement de dernière minute a contraint mon beau à renoncer à m’accompagner au Salon du livre de l’Outaouais. Nous avions prévu de visiter des musées que nous ne connaissions pas, de faire de cette fin de semaine en service commandé une escapade que mes présences au Salon auraient entrecoupée.

Après m’être désolée deux ou trois instants de ce revirement de situation, j’ai commencé à en entrevoir tout le potentiel : dormir au milieu du lit, avancer ma comptabilité, traîner au Salon tout à mon aise, errer dans la ville armée de mon GPS, foirer sans plan précis en compagnie des amis qui m’hébergent… J’ai pris la route au petit matin, guillerette comme la chèvre de monsieur Séguin. J’ai beau compter de nombreux amis dont je garde précieusement le souvenir contre mon cœur, je suis une lonesome cowgirl dans l’âme. Je ne souffre ni de la solitude ni du désœuvrement. Je n’ose imaginer ma production littéraire si j’occupais ce temps à bon escient.

*Nancy Huston écrit de fort belles choses sur le daimôn de l’auteur dans Instruments des ténèbres.  La description et les incarnations que propose Philip Pullman, dans sa trilogie À la croisée des mondes, me font invariablement penser au totem des scouts. Serais-je un renard procrastinateur? DSCN0929

4 réflexions sur “Écrire ou pas

    1. CULPABILITÉ! Ma chère, tu es une vraie FEMME! La culpabilité est la compagne de presque toute la gente féminine! Tu fais partie de notre Club!!! Je pensais que les plus jeunes en étaient épargnées……..mais il semble que NON! Accueille ce gène avec philosophie….en lui faisant une grimace de temps à autre, mais ne t’en fais pas, en te disant que tu fais partie de la « gang »!!!!!!!!
      De plus, cette fameuse culpabilité nous vaut un beau texte……Merci, Johanne! Récidive quand tu
      voudras….Fleur

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