Tic tac, tic tac

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Aujourd’hui, j’ai constaté qu’il suffit d’aller au Carrefour Laval un mardi matin pour saisir à quel point le concept du 9 à 5 est désuet. Il faut qu’il le soit pour qu’un stationnement aussi vaste soit si plein un matin de semaine, à plus de dix jours du congé des fêtes.

À l’intérieur, la clientèle est tout sauf homogène : étudiants à quelques jours des vacances, mères et grand-mères en promenade avec le dernier-né bien calé dans son VUS junior ; vieux Italos venus passer un après-midi pépère dans les fauteuils du mail ; retraitées botoxées reproduites à l’identique, en quête du dernier sac MK, de sous-tifs armés pour veiller tard ou d’un coussin assorti au papier peint de leur nouvelle déco ; trentenaires, quarantenaires, cinquantenaires, tous sexes confondus, patientant sans broncher aux caisses des magasins ou à la queue leu leu dans le couloir qu’aménagent les commerçants les mieux organisés. Le 24 décembre prochain, ceux que j’observe aujourd’hui prépareront peut-être tranquillement leur réveillon, pendant qu’ici, des retardataires aux abois finiront leurs emplettes comme une montée au Calvaire. Si j’étais eux, j’offrirais En as-tu vraiment besoin ? à toutes les personnes à qui je ne sais pas quoi offrir.

Malgré l’affluence, les vendeurs ont faim de commission et tentent d’épingler le client dès qu’il foule leur territoire. Le ton est presque péremptoire : «Que cherchez-vous? Montrez-moi votre liste!» La subtilité a déserté les lieux lorsque le personnel vous colle à la peau comme un psoriasis. J’imagine dix autres jours de ce régime sur les arrangements pompiers ou pop du répertoire de Noël : il faut être jeune pour soutenir un tel cirque sans perdre ses bonnes manières.

Quand nous ressortons, vers 13 h 30, même les zones les plus reculées du stationnement affichent complet. Des automobilistes quadrillent chaque zone méthodiquement. Sans me retourner, je sais que l’un d’eux nous a repérés et nous suit à distance respectueuse, mais  pas au point de risquer de se faire damer le pion. Je me sens comme un point bleu clignotant sur l’écran d’un GPS.

Le stationnement du Carrefour Laval présente l’avantage d’être trop vaste pour que la direction songe à l’inonder de musique. Tous ne font pas preuve d’autant de sagesse, et rien n’est plus surréaliste que le refrain du «Minuit chrétien» entendu dans le stationnement d’un Canadian Tire, d’un Wal-Mart ou du Marché central.

Photo : Lights, Taryn, Creative Commons.

4 réflexions sur “Tic tac, tic tac

  1. Comment croire qu’il y a crise, et pourquoi prêterait-on une oreille à ceux qui prophétisent l’étouffement de nos civilisations dans une fin du monde climatique que nous aurons créées ? La crise n’est pas économique. C’est une crise des valeurs que nous subissons.

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  2. Une si jolie fête devenue autant commerciale. Quelle tristesse!
    Je me promets de lire « En as-tu vraiment besoin? »… comme les 21 autres personnes qui ont pris l’auteur au mot et qui ont réservé le bouquin avant moi à la biblio 😉
    Joyeuses Fêtes!

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