Un an

3487612625_fa9c29d9eb_zOn dit souvent que la première année du deuil est la plus difficile, car elle nous oblige à revivre, mois après mois, la vie révolue sur le mode et le temps de la personne disparue. C’est oublier que ce phénomène de retour sur soi s’applique à toute chose, de la plus gravissime à la plus dérisoire, aux tragédies comme aux grandes aventures.

Tenez, chaque année, depuis 20 ans, je fais un blitz pour saisir dans mon logiciel de comptabilité les ventes, les encaissements, les achats et autres dépenses payées comptant au cours de l’exercice précédent. Dans mes bonnes années, la corvée s’échelonne sur les derniers jours de décembre, entre le ragoût de pattes du 27 et les bulles du 31. Il m’arrive cependant de repousser l’échéance jusqu’à la mi-avril de l’exercice suivant, si bien que je m’offre une revue de l’année en accéléré.

J’ai mis des années à cesser de ressentir de nouveau – un reçu de caisse à la fois – les hauts et les bas de l’année précédente, l’excitation des contrats gratifiants et le contrecoup des mauvaises décisions, les vacances réussies et les cinq à sept mortifères. En saisissant les données du mois d’avril, j’ai maintes fois revécu l’anxiété propre à cette fin de trimestre et d’année financière. Les comptes sont payés depuis belle lurette, mais leur évocation procure le même effet.

Tout ça pour dire que ces jours-ci, je célèbre la première année d’existence de ce blogue, lancé le 12 mai 2015.

Par ricochet, je m’apprête à revivre la campagne de sociofinancement qui a servi de prétexte à la création du blogue et à la réalisation d’Un mercredi comme les autres. Depuis cette première proposition de mon ami Louis-Maxime, ma vie s’est enrichie d’une dimension dont j’aurais bien du mal à faire le deuil aujourd’hui. Entre les billets de blogue, les participations aux différents salons du livre du Québec et la poursuite de deux autres projets littéraires qui n’avancent pas assez vite, j’ai rencontré des créateurs formidables, parlé avec des lecteurs qui m’ont touchée droit au cœur et retrouvé un enthousiasme qui s’était émoussé au fil des mandats professionnels.

Aussi, avant de retraverser chacun des douze derniers mois comme si c’était la première fois, voici en vrac ce qu’ils m’ont permis de constater :

– Il faut savoir quand cesser d’essayer et quand recommencer.

– J’aurais dû entreprendre cette aventure vingt-cinq ans plus tôt.

– La parenté est comme une cave à vin abritant des millésimes qu’on avait oubliés. Sous la poussière accumulée des années, on découvre de bons crus qu’on n’aurait jamais essayés si les circonstances ne s’y étaient pas prêtées.

– La chaîne du livre québécois est en fait un câble en Kevlar. Si vous dérogez au mode d’emploi convenu, n’en espérez rien.

– On devrait demander plus souvent.

– Les gens, parfois, nous déçoivent terriblement.

– Les gens, parfois, nous émerveillent.

– Il faut savoir veiller sur sa santé avant qu’il soit trop tard.

– Il n’est pas si facile de quitter, même temporairement, celles et ceux qu’on aime.

– La plateforme WordPress est très peu conviviale pour qui veut laisser un commentaire à la fin d’un billet (je les reçois tous, je vous l’assure).

– Écrire dans la durée est difficile.

– J’ai un contentieux à régler avec le sentiment de culpabilité. Who doesn’t?

– La relation qu’entretient l’auteur avec ses lecteurs est comme celle de l’enfant avec le père Noël : imaginée, féconde, en sursis.

Je souffle cette première chandelle avec un sentiment de mission accomplie, ou presque. Le « presque » n’importe que pour l’avenir. C’est ce qui me pousse à continuer, à refaire, à recommencer pour mieux réussir (et je ne parle pas de ma tenue de livres). Je lève mon verre à la suite.

Qui trinque avec moi ?

 

Photo : Creative Commons.

17 réflexions sur “Un an

  1. Tchin-tchin! Joyeux anniversaire de nouvelle vie, Johanne! On trinque de nouveau dans 25 ans (et dans l’intervalle!). Tu as beaucoup titillé mon imagination cette année, et j’attends tes prochaines oeuvres avec impatience.
    e

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  2. N’importe quelle excuse pour boire! Merci Johanne. Mais dans ce cas-ci c’est une occasion exeptionnelle de boire alors je bois à ta santé physique, morale, intellectuelle et littéraire! Bon ça va me prendre quelques bouteilles. Ah ben coudonc.

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  3. Johanne,chapeau ! Votre texte explique tres bien les états d’ âme des choristes,j’ai souvent partagé
    avec mes enfants, les quatres Dallaire ,sur tout les aspects vécus en chorale,c’ est tellement vrai les sentiments resentis, Merci, Helene Denault, une maman comblée ‘

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