Les frelons de l’été

Avec la belle saison reviennent les tondeuses, taille-bordure, souffleuses à feuilles et autres joujoux motorisés destinés à améliorer la vie des résidents, moyennant un empoisonnement temporaire et récurrent du quartier.

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D’ici quelques semaines, les climatiseurs, les hors-bord et les moteurs de piscine reprendront du service, pour le meilleur et pour le pire. En juillet, on se surprend à regretter le silence ouaté des mois d’hiver, que seuls une souffleuse occasionnelle et son contingent de chasse-neige, de grattes, de chenillettes et de camions à benne viennent troubler, les lendemains de tempête.

Ce purgatoire commandité par John Deer est relativement nouveau, me semble-t-il. J’en veux pour preuve l’émoi que me procure, chaque printemps, la complainte de la première tondeuse à gazon. Elle me rappelle les après-midi indolents de mes vacances scolaires quand, au tournant du mois d’août, nous avions épuisé toutes les ressources susceptibles de nous captiver. Nous en étions réduites à tuer le temps, affalées sur un deck de piscine hors terre à feuilleter des photoromans et de vieux numéros de Quinze ans, Ok et Salut les copains, ou assises devant Ciné-Quizz pendant que de la fenêtre nous parvenait le ronron d’une industrieuse tondeuse.

Si, dans les grandes villes, la corvée de tondeuse ne dure que quelques minutes – à plus forte raison sur les propriétés qu’entretiennent ces commandos qui débarquent sans crier gare –, les vastes terrains des municipalités de troisième couronne commandent le recours à des moyens plus musclés, dixit John Deer et ses tracteurs-tondeuses. Ce genre d’équipement ne laisse aucune place à la nostalgie. Le territoire capable de satisfaire la fibre agricole du Jean-Guy moyen ne se tond pas en criant «cisailles» : dans un quartier résidentiel dépourvu d’aqueduc, la saine gestion de l’environnement interdit la proximité de plus d’un puits artésien et d’une fosse septique par acre de terrain ; les propriétés sont donc vastes, les garages, doubles, et les occupants, abonnés à quelques heures de tondeuse hebdomadaire. Dans un ensemble d’une centaine de résidences, ça signifie qu’au moins deux de ces engins fonctionnent en tout temps entre le vendredi midi et le dimanche soir.

L’été où nous avons quitté notre campagne domestiquée pour rentrer à Montréal fut aussi celui où un groupe d’ados du quartier étrennaient leurs mobylettes. Les passages répétés de cet escadron de moteurs deux-temps dans le chiche périmètre qu’avaient délimité les parents m’ont aidée à faire le deuil de mes talles de petits fruits.  Bruit pour bruit, nous avons choisi celui de la ville.

Depuis ce temps, nous vivons sous un couloir aérien.

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Photos: breakmake et, ci-contre, Liz West, Creative Commons.

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